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La magie du désert

Dernière mise à jour : 2 oct. 2023


Par où commencer cet article… Il m’aura fallu plusieurs semaines pour faire le point : un état des lieux approfondi de mon ressenti, de mes émotions, de mes sentiments. Tout s’est bousculé, les bons côtés, les moins bons ; tout ce que j’ai traversé avant, pendant et après le voyage. Pour en arriver là : on repart quand ?


Depuis plusieurs années, mon compagnon me parle du Maroc, et j’entends souvent les 4x4istes dirent « j’ai fait le Maroc ». Mais que veulent ils dire par là ? Ça me titille, ça fait son bout de chemin. Le contexte géopolitique, un enfant, le Covid passent par là. Les années défilent et puis un matin, on se dit « on y va ». Le périple commence 6 mois avant avec la préparation du véhicule. Je n’ai jamais préparé un voyage autant de temps en avance mais pour une fois, je fais confiance. Le garage devient notre lieu de vie, il y a beaucoup à faire, on passe commandes sur commandes. Heureusement que mon compagnon s'y connait et prends en main la préparation technique, il ne faut rien laisser au hasard et chaque détail à son importance. Je ne parlerai pas dans cet article de toute la partie "équipement", tant elle mérite un descriptif à part entière. Notre Defender s'embellit, des plaques de désensablage aux autocollants "Raid 2023", nous nous sentons petit en petit en vacances.



Palmeraie dans le désert marocain

Dans ma tête, un tas de pensées arrivent et se bousculent, la sécurité en premier lieu : j’appréhende le passage des douanes, surtout pour notre chien que nous emmenons toujours avec nous, et de sa sécurité sur place. Y a-t-il beaucoup de chiens errants, peuvent ils être agressifs ? Je me questionne sur nos intentions de bivouacs sauvages, est-ce sécurisé ? J’imagine mon enfant courir pieds nus dans le sable et tomber tête à tête avec…un serpent ? un scorpion ? C’est sûr, il faudra être précautionneux et surtout avoir une bonne trousse de secours ! Indispensable. J’étudie aussi l’itinéraire* que nous allons faire, tout semble si proche et s’évèrera si lointain ! Comment gérer la logistique avec un enfant et un chien à bord au quotidien ? Trouver le juste équilibre entre la découverte, les temps d’amusements, le repos et les kilomètres à parcourir. Nous sommes déjà partis en road trip hors des sentiers battus mais ce voyage là pose un autre décor, une autre organisation, une autre préparation. Ce voyage là semble différent.


D’ailleurs, je me dis « nous sommes peu à faire ce type d'expédition » et paradoxalement, lorsque nous arrivons au port de Sète, nous sommes nombreux, tous dans le même bateau, littéralement. La « même » aventure commence pour chacun d’entre nous, nous ne sommes pas seuls. Une sorte de famille, sans se connaitre. Bien sûr, chacun laissera sa propre trace et écrira sa propre histoire, mais le sentiment commun est là et rassure. Le navire n’a pas encore largué les amarres mais nous sommes déjà loin… d’autant plus lorsque mes yeux se posent sur tous ces autres véhicules équipés qui, comme nous, vont parcourir un pays inconnu et qui ont peut-être déjà vécu tant d’aventures ? Je divague à les imaginer aux quatre coins du monde, tantôt perdus au fin fond de la jungle amazonienne, tantôt explorant les fjords et glaciers d’Islande, peut-être ont-ils déjà connu le désert ? Sur le bateau, des petits groupes se forment. Autour d’un café, ils peaufinent leur itinéraire, rentrent les points GPS dans leur appareil, sortent une carte routière pour étudier les distances. Toute une atmosphère. Et aujourd’hui je peux le dire : je fais désormais partie de cette communauté, celle qui a « fait le Maroc ».


Et pour nous, cela se résume à vivre une expérience unique. Celle d’un voyage différent, en 4x4, en hors pistes la plupart du temps, avec les avantages et les difficultés que ce type de voyage comporte. J’ai vu le désert, l’immensité, la pauvreté, la beauté des lieux, la gentillesse des gens, le développement du tourisme d’un côté, l’isolement des populations berbères de l’autre… « Les berbères du bout du monde » comme j’aime les appeler. En autonomie, pendant 15 jours. C’est un voyage court, et long en même temps. Fatiguant et excitant. Et puis nous croisons des aventuriers partis pour 2 mois, puis d’autres pour 8 mois… Et là je me dis « c’est ça qu’il faut faire ». Je rêve. Une nouvelle vision nait dans ma tête. Il faudra revenir. Mais avant cela, voilà ce que je retiens de ce périple en quelques mots :


Immense et Mystérieux. C’est ce qui me vient à l’esprit lorsque je repense au plateau du Rekkam. Un plateau désertique, rocailleux, quelques fermes authentiques, de rares bergers avec leurs moutons, de vraies tentes nomades par ci par là. Sous une légère tempête de sable, la prise de conscience lentement fait son cheminement. Des vies tellement différentes, tellement hors du temps. Un signe de la main, l’appréhension laisse place à l’entendement. Nous sommes tous habitants de cette terre, identiques et pourtant à des années lumières de vie. A plusieurs jours de marche de toute civilisation, que doivent penser ses enfants qui nous saluent ? Un sourire sur leur visage indique que notre venue leur fait plaisir. Nous sommes acceptés. Les premières heures passent, les premiers kilomètres défilent, et on se laisse envahir par cette immensité. Les montagnes, les vallées, les plateaux. Tout est grand. On ne sait plus où poser le regard dans ces paysages version XXL. Les routes à n’en plus finir qui dessinent des lacets devant nous, les dunes de sables à perte de vue, les longs oueds asséchés bordés de falaises vertigineuses. Un dromadaire passe devant nous, c’est le crépuscule. Le silence, immense et mystérieux lui aussi, s’impose.



Tempête de sable sur le plateau du Rekkam

Traditionnel et Authentique. C’est en effet deux mots qui résonnent dans nos têtes lorsque l’on pense au Maroc. S’il est des zones plus touristiques et moins ancrées dans l'histoire, celles que nous avons traversées restent on ne peut plus typiques. C’est une toute autre culture qui invite à la découverte et au partage. Des habits traditionnels aux kasbahs authentiques, nous découvrons un peuple accueillant et respectueux des coutumes locales. Nous voyageons en période de Ramadan et ne trouverons que très rarement des endroits ouverts pour manger ou boire quelque chose. Durant la journée, le peuple se repose, les magasins ferment et le pays vit à un autre rythme. Celui du jeûne, de l’introspection et de la spiritualité. Ainsi, les villages par lesquels nous passons sont quasi désertiques mais on ne cesse tout de même d’entendre le fameux « Bienvenue au Maroc », hélé fièrement par ses habitants sur notre passage. Et lorsque l’occasion se présente, nous sommes ravis de partager avec eux leur très réputé et délicieux thé à la menthe préparé avec bonté et générosité.


Beaucoup d’enfants tout de même courent vers notre véhicule. Certaines fois pour simplement s’intéresser à la venue d’un étranger, regarder, discuter, échanger. D’autres fois, plus insistants, ils réclament des sous, des jouets, de la nourriture. Et de fait, ces enfants nous sollicitent parce que les touristes ont pris cette (fâcheuse) habitude de donner toujours plus. Et paradoxalement, ce n’est pas dans les villages les plus pauvres que le harassement se fait le plus ressentir mais bien entendu dès que l’on se rapproche des zones touristiques ou des zones à passages fréquents. Certes, nous souhaitons apporter de la bienveillance et le fait de donner, dans certaines circonstances, lors d’une rencontre, d’un échange, ou simplement si le cœur nous en dit, est un bel acte de générosité. Mais avoir le sentiment d’être pris d’assaut simplement pour cette raison, sans un bonjour, laisse par moment un petit goût amer. Nous n'aimons pas nous sentir supérieur ou privilégié mais recherchons l'humain. Ainsi nous faisons attention à ne pas inciter cette pratique, comme il nous a été conseillé de le faire.


Magique et Inoubliable. Le sable, les dunes, les bivouacs en pleine nature, les rencontres, les partages, les paysages. Les dunes de l’Erg Chebbi, devenues un peu touristiques, nous ravissent tout de même. L’ocre du sable, l’étendue des dunes, la beauté du paysage. Un incontournable, l’apogée de notre séjour. Admirer le coucher de soleil, dévaler les dunes en courant, surfer sur le sable, conduire un buggy à toute allure, s’endormir et se réveiller avec la fraicheur du désert, sans aucun bruit. Vivre cela en famille, ça n’a pas de prix. Mon garçon me dit « Maman, c’est beau ». Son regard se perd à l’horizon. Et mon chien ? Il courre à perdre haleine. Nous avons réussi notre pari. Encore un moment unique partagé ensemble.



Les dunes magiques de l'Erg Chebbi

Un peu plus loin, les dunes de l’Erg Chegaga, moins grandes, plus calmes dégagent une autre atmosphère. Plus douce car moins touristique. Sous une chaleur massacrante nous prenons les dernières photos de notre voyage avec le cœur un peu noué. Reviendrons nous ? On se sent au bout du monde et pourtant à seulement 20 km de là, le Lac Iriki, nous appelle : rejoindre l’Océan, descendre encore plus au Sud, les plages blanches, Dakhla, le Sahara… La suite du voyage que nous ne pourrons pas faire cette fois ci. Mais c’est sur nous reviendrons.


Après 15 jours de barroudage, beaucoup d’émotions. Un voyage doit se voir dans sa globalité. Il y a forcément des journées moins bien, des peurs, des moments de fatigue, mais toujours garder en soi le positif, la reconnaissance d’avoir pu vivre des moments uniques et privilégiés. Entre l’appréhension du début, l’émerveillement sur le parcours et une certaine fatigue sur la fin, nous voilà déjà au port de Nador pour le trajet retour. 15 dodos dans la tente, 2 dodos dans le bateau et ensuite la maison… comme dirait mon garçon. Un retour que l’on appréhende, tellement nous avons envie de continuer ce voyage. On reste un peu sur notre faim, l’envie de découvrir plus, de vivre encore ces aventures tous les quatre dans notre maison roulante. Finalement est ce que ce n’est pas ça, la « vraie vie » ? Heureusement l’atmosphère qui régnait sur le bateau à l’aller se fait d’autant plus sentir au retour et prolonge de fait un peu plus nos vacances. Elle est unique. Des visages familiers se dessinent à travers le brouhaha des douanes de Nador.


Nos amis motards rencontrés sur le bateau à l’aller, un aventurier croisé sur la GT2, un groupe de français qui a dormi dans le même camping que nous l’avant-veille, ces allemands qui était derrière nous dans la file d’attente à Sète. "Une famille sans se connaître". Chacun a fait son bout de chemin, on s’est peut-être croisé, peut-être pas, mais il s’est créé ce lien, ce lien unique de l’aventure. On est heureux de se retrouver, de partager nos anecdotes et nos galères autour d’une bière, ou simplement se faire un petit signe de la main, un sourire, un regard qui en dit long sur l’aventure que nous venons de vivre, chacun à notre façon. On l’a fait, on l’a vécu, au même moment nous étions tous sous les mêmes étoiles, à vivre le « Maroc ».



* Notre Itinéraire :

Jour 1 : Nador - Lamrija

Jour 2-3 : Fritissa - Talsint - Ben Tadjit - Boudnib

Jour 4 : Gorges du Ziz, Source de Meski, Palmeraie du Tafilalt

Jour 5-6 : GT1 Boudnib - Merzouga

Jour 7 : Erfoud, Gara Médouar

Jour 8 : Journée Merzouga - Erg Chebbi

Jour 9-10 : GT2 Merzouga - Mhamid

Jour 11 : Erg Chegaga

Jour 12 : Mahmid - Zagora - N'kob par Jebel Saghro

Jour 13 : N'kob - Gorges du Dades par Jebel Saghro

Jour 14 : Gorges du Todhra - Middelt

Jour 15 : Middlet - Azrou - Lamrija

Jour 16 : Lamrija - Nador

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